Au plus profond des Ardennes, dans le nord de la France, un grand détecteur appelé Double Chooz se trouve dans le noir, à 400 mètres sous terre. Il contient un liquide spécial pour détecter des choses presque impossibles à voir. Pendant 17,2 jours, les deux réacteurs nucléaires de la centrale voisine de Chooz ont été complètement arrêtés. Normalement, ces énormes unités produisent beaucoup de chaleur et d'électricité, mais elles étaient silencieuses. Cependant, les capteurs souterrains continuaient de surveiller.
Pendant cette période calme, l'équipement a enregistré environ 100 petites lumières. C'étaient des antineutrinos. Pour la toute première fois, des chercheurs ont mesuré directement ces particules venant d'une installation nucléaire désactivée. Cela prouve une théorie que les physiciens discutaient depuis des décennies.
Les antineutrinos sont très petits et difficiles à détecter. Ils traversent le béton et l'acier sans problème. Quand une centrale fonctionne, elle produit beaucoup d'antineutrinos. Mais même quand elle est arrêtée, les déchets radioactifs continuent de produire une petite quantité de ces particules. Les attraper est très difficile.
Anthony Onillon, un physicien qui a dirigé la recherche, a expliqué que détecter ce faible signal après l'arrêt nécessitait des conditions de très faible bruit de fond et des techniques d'analyse spéciales développées par la collaboration Double Chooz.
Le liquide du détecteur réagit quand un antineutrino le frappe, créant un signal lumineux en deux étapes. Thierry Lasserre, qui a dirigé l'étude, a précisé que ce signal lumineux double est unique et peut être distingué des autres événements. Les résultats, publiés dans Physical Review Letters, correspondent bien aux prévisions des modèles informatiques. Cette découverte a des implications importantes pour la sécurité mondiale, car les antineutrinos ne peuvent pas être bloqués, ce qui pourrait aider à vérifier les activités nucléaires.