Chaque matin, 340 000 citoyens européens entrent en Suisse pour travailler. Ils se rendent dans un pays dont la richesse a explosé ces vingt dernières années. Entre 2002 et 2024, le produit intérieur brut par habitant a plus que doublé, atteignant environ 103 000 dollars. Ce boom économique a fait de la Suisse l'un des endroits les plus riches du monde.
Cependant, cette prospérité a déclenché un profond débat national sur l'espace, l'identité et l'avenir. Le 14 juin 2026, les électeurs suisses feront un choix historique. Ils voteront sur une modification constitutionnelle visant à plafonner définitivement la population résidente du pays à 10 millions d'habitants jusqu'en 2050.
La proposition, intitulée "Non à la Suisse à 10 millions ! (Initiative pour la durabilité)", a été lancée par l'Union démocratique du centre (UDC), un parti de droite populiste. L'UDC a remporté toutes les élections fédérales depuis 1999. Grâce au système de démocratie directe suisse, les citoyens peuvent organiser un vote national s'ils recueillent 100 000 signatures valides en 18 mois. L'UDC a réussi cette démarche, portant la question de la population aux urnes.
Les chiffres sont impressionnants. La population suisse a triplé au cours du siècle dernier. Fin 2025, environ 9,1 millions de personnes vivaient dans le pays. La population a augmenté d'environ 10 % au cours de la dernière décennie. Aujourd'hui, les étrangers représentent entre 27 % et 30 % des résidents permanents.
L'UDC affirme que cette croissance rapide n'est pas durable. Le parti soutient que le nombre croissant de résidents met à rude épreuve les services publics comme le logement, les transports, les écoles et les soins de santé. L'UDC présente aussi cette initiative comme un combat pour l'identité nationale, craignant que la croissance démographique n'érode le caractère culturel unique de la Suisse.
Cependant, la solution proposée comporte des risques géopolitiques majeurs. Si la population atteint 9,5 millions, le gouvernement devra limiter l'asile, le regroupement familial et les permis de séjour. Si la limite de 10 millions est atteinte, la Suisse devra résilier son accord de libre circulation avec l'Union européenne (UE) dans les deux ans. La Suisse n'est pas membre de l'UE mais y accède par des accords bilatéraux. La fin de la libre circulation pourrait annuler d'autres traités importants et menacer la participation suisse à l'espace Schengen.